Les vélo de Raoul

Les vélo de Raoul
Un cadeau de Monsieur Filochard

samedi 16 juillet 2011

Tonnerre de Voeckler !

Thomas Voeckler, Pierre Roland ne te dit pas merci...
Plateau de Beille (là-haut, sur la montagne)

Si l'on suit bien le feuilleton du cyclisme depuis 1998, chacun sait qu'il est à deux vitesses. D'un côté, les grosses armadas qui sortiraient l'artillerie lourde pour gagner le Tour. De l'autre, les Français et une poignée d'étrangers (au bas mot, un seul, Cadel Evans) à la réputation au-dessus de tout soupçon. C'est ainsi que s'écrit le scénario tout au long de la saison. Ou plutôt qu'il s'écrivait. Car sur la montée du plateau de Beille, toutes les idées reçues ont été balayées d'un revers de la main.
La faute à Thomas Voeckler qui met maintenant son équipe dans une drôle de situation. La troupe au maillot vert est entamée au plus haut point, mais la voilà contrainte d'aller à la mine pour la défense du maillot jaune. « Je n'ai jamais eu la prétention de terminer avec les meilleurs au Plateau de Beille » a reconnu le leader de la course. Comme si notre Astérix Alsaco-vendéen était prétentieux. Tu parles ! Le petit bonhomme pensait même sauver la tunique « à coups de secondes. » Mais ce soir, il s' accroche en fait à sa minute quarante-neuf d'avance sur Fränk Schleck comme une bernique sur les rochers de la côte atlantique.

Cette belle réussite s'explique : « J'ai réussi à suivre au prix d'une souffrance terrible. » Chez Voeckler, tout est dans la simplicité. Il faut faire avec, c'est son Tour. Il ne le gagnera pas. Pas plus que Jelle Vanendert ne laissera son nom au palmarès de la Grande boucle qui veut que le vainqueur d'étape à Beille soit en jaune sur les Champs. Le vainqueur de Beille, il a juste le droit de redescendre dans la vallée en hélicoptère. Vanendert est justeun Flamand qui fait passer les vessies pour des lanternes, rien de plus.
Le cas Voeckler est en revanche beaucoup plus intéressant. Il oblige les suiveurs (par suiveurs, on comprendra ces hyènes de journalistes) à sortir les dossiers qui fâchent et donc à se demander si c'est le leader d'Europcar qui s'est mis à la soupe de tortue, si les cadors attendent encore que leurs camions-pharmacie ne soient plus bloqués à la frontière espagnole ou si, enfin, ils sont simplement cuits et donc obligés de supporter les mouches du coche.

Raoul, dans un brusque élan de courage a donc demandé à Pierre Roland, équipier modèle de Voeckler, ce qu'il avait vu au milieu du paquet de tête. Les Schleck, Contador, Basso, tout ça, il était avec eux. « Il n'y a simplement pas un gros écart de niveau entre eux. Il sera sans doute plus gros dans les Alpes. Mais le plus important, c'est qu'ils n'ont pas lâché Contador. » Ni Voeckler. Ce à quoi Roland a rétorqué : « Ni Thomas, c'est vrai. Mais lui, il épate tout le monde. »
Dans quelques jours, après avoir soufflé le long de la Nationale 7, lundi, les Schleck, Basso, Evans et autres Contador se diront qu'elle est bien gentille cette mouche jaune qui leur tourne autour des oreilles et les épate quand même. Mais basta ! Alors, Bjarne Riis glissera discrètement une tapette dans la main de son Alberto et Paf ! Voeckler ira finir son Tour avec les ailes cassées. On lui saura toutefois gré d'avoir entretenu l'espoir deux semaines durant. Car faut-il le rappeler, au soir de cette 14e étape, les Français n'ont toujours pas gagné la moindre étape...

Le chanoine Bernaudeau se lâche

Pierre Roland, en tout cas, aura profité du spectacle aux premières loges, lui qui fait du Tour de France son seul repère dans la saison. Il ne dira pas que c'est à cause de son patron « si Beille, a sûrement été le col où je me suis fait le plus mal aux jambes depuis le début de ma carrière. Mais je préfère être là que dans le gruppetto. Ça fait quatre jours que c'est à chaque fois ma plus belle journée. »
L'eau bénite mexicaine n'y est donc pour rien. Chez Europcar, on fait la course en tête aussi vite que les Leopard-Trek parce qu'on sait se sublimer collectivement. Voeckler, quant à lui, l'admet : « En 2004, je n'aurais pas pu suivre Armstrong ou Basso. Depuis 2001, les choses vont vraiment mieux dans le cyclisme. Mais j'ai surtout compris qu'il ne fallait pas s'occuper de ce qu'il se passait autour. Je fais les choses comme je les sens. Simplement, quand les instances dirigeantes décident d'aller dans le même sens, ça va de mieux en mieux dans le peloton... » Ainsi soit-il.

Et chaque soir, les enfants de choeur du patronage Saint-Thomas-des-Essarts rentrent donc à l'hôtel en chantant « Les jolies colonies de vacances ». Ils font cuire des saucisses sur le feu de camp juste après le massage. Ça rigole tellement qu'un rapide calcul le démontre : le record de 10 jours en jaune est en passe d'être battu. Par un rapide transfert à bord d'un ferry barcelonais à destination de Gênes, les pharmacies pourront heureusement rattraper la course pour la traversée des Alpes. Et là, ça risque d'être chantier pour le petit Vendéen. Mais d'ici là, effectivement, rester dix jours en jaune n'est plus une vue de l'esprit.
Du coup, le chanoine Bernaudeau qui n'est jamais aussi grandiose dans ses homélies que lorsque son leader fait des bulles s'est encore une fois lâché. Il n'en est pas encore à annoncer la victoire finale de Voeckler (il avait misé toutes ses économies sur le podium de Christophe Kern...), mais c'est tout comme  : « La France va enfin découvrir un cyclisme bien élevé. On revoit des grimaces, des défaillances, des sourires qu'on ne voyait plus depuis 10 ans... » Cool JR, cool ! Ce n'était qu'une petite traversée des Pyrénées. Médite plutôt cette sentence de Pierre Roland : « On va vivre la course au jour le jour et ne pas, comme on dit familièrement, péter plus haut que notre postérieur. » La mojette vendéenne, c'est seulement pour les estomac costauds...

Quant au héros du jour, il ne s'appelle pas Vandenert, mais bien Casar. On dit héros, mais en langage du Tour, ça se prononce combattif. Un FDJ a donc remis le couvert. Il lui a manqué cinq bornes pour laver l'affront fait au cyclisme hexagonal, toujours en dette de succès. Plus loin derrière, Jérémy Roy n'a pu défendre son maillot de meilleur grimpeur. Il n'était pas collé, comme Raoul a pu le penser, mais simplement fatigué des efforts fournis la veille.
Fatigué ou collé, ça signifie 26' de débours au final. Mais je le sais, Jérem' retournera au charbon très vite. Il en va du titre de super-combattif. Trente minutes et trois secondes après Vandenert, William Bonnet est pour sa part arrivé avec le balai sur le porte-bagage. Un genou gauche douloureux a suffi à l'éliminer du Tour. Feillu-Bonnet, même combat. La course continuera sans eux...

Le son du jour. Spéciale dédicace aux Europcar (wesh wesh!)



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